Encre Mireille Peret
J’aimerais partager ici mon expérience du HAÏBUN et, avant tout, pour ceux qui ne le connaîtraient pas , vous en donner la définition avec l’extrait d’un texte de Danièle Duteil tiré du site de l’Association Francophone du Haïku :
« Le haïbun est une composition littéraire dans laquelle prose et haïku se mêlent en une brève narration poétique d’une expérience réelle ou imaginaire…
… Le haïku, survenant dans le haïbun, introduit une diversion, une réorientation du regard soudain focalisé sur l’immédiateté, le concret, « l’ici et maintenant ». C’est pourquoi il ne constitue pas une banale illustration du propos : éclos dans les plis de la prose, il entretient avec le récit des liens très subtils.
Ce divertissement inattendu doit surgir le plus naturellement possible et ravir le lecteur, c’est à dire lui laisser une impression forte. Aussi, afin de ne pas émousser le plaisir, le poète sera attentif à ne pas émailler son haïbun de haïkus trop nombreux, mais à les distiller opportunément. Plus le haïku sera rare, plus il gagnera en puissance. Un seul peut suffire même, plutôt placé en position finale. »
Danièle DUTEIL
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Les rouges-queues
L’hiver 2019, nous avons installé trois nichoirs près de la maison… Au printemps, quel bonheur de constater que l’un d’eux était occupé !
Débutait alors le ballet incessant d’un couple d’oiseaux dont j’ignorais le nom. Maintes fois par jour et à tour de rôle : petit arrêt sur la rambarde… regard à droite, regard à gauche… puis direct vers le nid, le bec bien rempli ! C’était merveilleux de pouvoir les observer. J’apercevais souvent le bec ouvert de trois oisillons affamés et l’un des deux parents qui s’affairait à les remplir. A voir leurs allers et venues, j’imaginais le travail intensif que devaient fournir ces deux petits êtres pour nourrir leur progéniture.
Après quelques recherches, je connaissais enfin leur nom.
sept heures au clocher –
encore un ver dans le bec
du rouge-queue
fête des mères
le va et vient de l’oiseau
vers le nid
Nos deux chats avaient bien remarqué ce manège incessant et passaient leur temps à les veiller. Je craignais alors pour les deux parents qui se rapprochaient de plus en plus, faisant diversion afin de préserver leur nid.
Mais, pour rien au monde, maman et papa oiseaux n’auraient laissé quiconque s’approcher de leur nid ! Il n‘y avait qu’à les voir lorsque l’on s’avisait de s’asseoir sur la terrasse… il ou elle avertissait tout le quartier et redoublait de vigilance en passant et repassant devant nous pour nous pousser à déserter les lieux.
Même les chats n’avaient pas la loi !
rôles inversés
la chatte attaquée
par l’oiseau
Jusqu’au jour où le silence s’installa… Plus un cri. Plus un seul rouge-queue. Plus de becs affamés dépassant du nid…
Les petits avaient pris leur envol, sans nous inviter au spectacle.
nid vide
le chant des rouge-queues
envolé
Un mois plus tard, surprise ! Le même nichoir était à nouveau habité ! Etait-ce le même couple qui veillait ?
seconde nichée ~
sur la terrasse le soleil
des rouge queues
Pas de nichée l’année dernière…
Ce printemps, chaque jour je veille leur retour. De temps en temps j’entends leurs cris et j’en ai même vu un se poser sur la rambarde…Mais les nichoirs restent désespérément vides.
nouveau printemps
j’apprends à reconnaitre
les chants d’oiseaux
Mireille Peret (avril 2021)

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