Je souhaite partager ici mon expérience personnelle et transmettre quelques bases de composition afin d’aider et encourager ceux qui hésitent à se lancer dans l’écriture de haïkus.
Mon expérience
Comme je l’ai dit dans ma présentation (page « A propos »), c’est le livre « L’Effet Haïku » de Pascale Senk qui m’a lancée dans cette passion.
Dès que j’en ai entrepris la lecture, j’ai eu envie d’écrire mes propres poèmes. L’expérience m’a tout de suite conquise et, depuis, mes deux petits carnets ne me quittent plus. Sur l’un, je note en vrac les idées qui me viennent et qui risqueraient de m’échapper… Sur l’autre, j’inscris mes haïkus aboutis.
Car un haïku peut être retravaillé… Si le temps ou l’inspiration nous manquent, inscrire les mots qui nous viennent dans l’instant permet de nous en remémorer les détails, l’état d’esprit dans lequel nous nous trouvions à ce moment précis.
J’inscris toujours la date du jour devant mes haïkus, me constituant ainsi une véritable liste de souvenirs.
Pendant quelques mois, trop absorbée par ma peinture (ma première passion), j’avais peu à peu espacé, puis abandonné l’écriture de haïku… Un jour, il m’a suffi de relire mon carnet pour que ma passion refasse surface. Tous ces poèmes, comme un journal intime, me replongeaient soudain avec délice dans le souvenir de ces instants précieux. L’écriture du haïku était devenue pour moi une évidence.
La lecture de celui-ci, par exemple, m’a tout de suite rappelé l’ambiance de cet après-midi d’automne où, assise sur ma terrasse, je savourais la douceur de l’air, presque estivale :
sur mon visage
une douce brise estivale –
l’automne a chaud
Depuis, au fil des saisons, je ne cesse de griffonner mes petits carnets, principalement depuis ce début d’année où j’ai rejoint plusieurs groupes Facebook où le partage, l’échange de conseils et les semaines à thèmes ont décuplé ma motivation.
Quelles sont les « règles » de base à connaître pour écrire un haïku ?
Le haïku contemporain n’impose pas nécessairement un rythme 5/7/5 à 17 syllabes, cette rythmique de base utilisée à l’origine par les japonais. D’ailleurs, chez eux il s’agit de « mores », comportant parfois plusieurs syllabes.
Cette métrique devrait uniquement nous servir de guide. Un rythme « court/long/court » est préférable mais nous pouvons l’adapter selon les mots utilisés, la fluidité ou la « musicalité » que l’on veut y mettre. Pourquoi remplacer un mot qui sonne juste par un autre, en rajouter ou en retirer, dans le seul but d’atteindre le nombre de syllabes ? Résultat, l’émotion première que l’on voulait faire passer s’éloigne et notre poème manque de naturel et de spontanéité.
Toutefois, il est bon de connaître quelques règles de composition afin de préserver l’ESPRIT DU HAÏKU (concret, brièveté, simplicité et spontanéité) :
1 – Simplifier, réduire à l’essentiel
- éviter au maximum les adjectifs, adverbes et articles… qui « alourdissent » le poème
- élaguer le superflu, supprimer ce qui n’est pas indispensable à la compréhension. Dans le peu de mots se trouve la force de l’expression
2 – Si présence d’un verbe, employer le présent
- même s’il s’agit d’un souvenir, le présent est généralement utilisé
- les verbes ne sont pas indispensables et peuvent dans certains cas « alourdir » le poème
3 – Faire appel à la sensibilité du lecteur
- ne pas « tout dire », évoquer, suggérer, laisser au lecteur le choix de sa propre interprétation. « Un haïku réussi est celui capable de se révéler avec force dans l’espace du « non-dit », faisant vibrer l’âme de celui qui le lit »
4- Ecrire en langage simple
- éviter les rimes
- utiliser les métaphores avec parcimonie
- dépeindre avec le plus de justesse et de simplicité possible la poésie du quotidien
5 – Un mot faisant référence à une saison (kigo) est bienvenu dans les haïkus
- la saison peut être directement nommée ou suggérée (par exemple, jonquille pour le printemps ou neige pour l’hiver)
6 – Une césure (kireji) est vivement conseillée
- la césure est une coupe qui crée un décalage, une respiration entre deux images (à voix haute, on marque une pause, un silence). Elle se situe en général à la fin de la première ligne. On la voit moins souvent en fin de deuxième ligne (personnellement, je trouve cela moins naturel)
- pour marquer la césure, les deux expressions peuvent être matétialisées par un tiret (surtout si celle-ci n’est pas évidente)
- les textes comportant 2 césures (donc 3 images) ne sont pas considérés comme des haïkus.
7 – Le haïku peut s’écrire sur 2 ou 3 lignes
- bien que généralement écrit sur 3 lignes, le haïku peut être aussi en 2 lignes. Marquant nettement la distinction entre les deux images, cette composition peut être plus aisée pour les débutants. Dans ce cas, un rythme court/long ou long/court est préférable, voire indispensable.
8 – Veiller à l’ordre des mots
- le ou les mots que l’on veut mettre en avant doivent se situer à la fin du poème
- la « chute », l’élément de surprise se situe normalement dans la dernière ligne ou même le dernier mot
9 – Faire référence à un ou plusieurs des Cinq Sens
- le haïku nous apprend à mieux observer, à nous émerveiller et à être plus à l’écoute. Nos sens sont plus « en alerte » et ceux-ci traduisent parfaitement l’émotion et la réalité du moment dans un haïku (chant, silence, parfum…)
- là aussi, suggérer plutôt que dire
vieux film –
si peu de voitures
dans Paris
*
brouillard –
juste le son des cloches
Pour aller plus loin
Comme dans tout art, la pratique et la motivation sont les deux principaux moteurs de la réussite. N’hésitez pas à vous procurer des anthologies de haïkus. Entrainez-vous à écrire et lisez-en le plus possible. Vous trouverez quelques références de recueils et de sites internet sur le site de l’AFH (Association Francophone du Haïku). J’ai aussi l’intention de présenter quelques-unes de mes lectures sur ce blog.
De nombreux ouvrages constituent des outils précieux lorsqu’on débute dans le haïku. En voici quelques exemples :
- Le plus petit poème au monde – Introduction au haïku suivie d’une anthologie d’Hélène Leclerc (éditions David)
- L’art d’écrire des haïkus – Se nourrir de l’instant de Danièle Duteil (éditions Eyrolles)
- L’effet Haïku – lire et écrire des poèmes courts agrandit notre vie de Pascale Senk (éditions Leduc)
Si vous le souhaitez, vous pouvez également vous inscrire dans des groupes FB ou des forums sur le net, le partage étant très motivant et enrichissant. Cela l’a été pour moi !
J’espère que toutes ces informations vous éclaireront et vous donneront envie de vous lancer ! N’hésitez pas à me faire part de vos avis ou autres questions en commentaire » ou par mail à vivrenpoesie@gmail.com
A vos crayons !
MP

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